19.03.2009

L'ascenseur social.

   
"Belle-Ile-en-Mer
Marie-Galante
Saint-Vincent
Loin Singapour
Seymour Ceylan
Vous c'est l'eau c'est l'eau
Qui vous sépare
Et vous laisse à part"
Laurent VOULZY (chanteur mou) - Belle-Ile-En-Mer 
  
 
Naître en prison, ce n'est pas l'extase.
 
Avoir comme sage femme une vieille matonne aigrie sur le retour qui se sert de sa matraque comme forceps, ça ne fait pas rêver.
Avoir comme puéricultrice une recalée de l'éducation nationale qui apprend des ritournelles militaires très en vogue à Vichy en 1941, ça n'augure rien de bon.
Avoir comme baby-sitter une taularde proche de la fin de peine après 12 ans de réclusion pour avoir coupé les couilles de son proxo à l'épluche-légumes, ça limite les jeux d'éveil mais pas assez l'éveil du langage.
Avoir comme berceau un vieux couffin en plastique et formica qui, malgré les bains de javel, sent encore l'intimité fécale des 15 prédécesseurs, ça ne fait pas très "home sweet home".
Avoir comme père un vieux photomaton écorné et quelques mots sur un papier à lettres jauni, ça ne forge pas les liens familiaux.
 
Non, naître en prison de nos jours, c'est clairement commencer la vie d'un mauvais pied.
 
Mais naître en prison en 1635, ça devait être encore pire.
Les rats pour animaux de compagnie, le sein desséchée de sa mère mal-nourrie comme unique source de nourriture, un unique linge en guise de lange hebdomadaire au mieux... Et la lumière du jour qui reste autant un mythe que l'est le prince charmant pour les petites filles d'aujourd'hui.
 
C'est pourtant ce qui est arrivé à la petite Françoise.
 
A cause de son père, Constant d'Aubigné, qui eut une existence assez mouvementée :
- En 1618, il renonce à sa foi protestante et c'est tant mieux car malgré Henri IV et l'Edit de Nantes, les protestants n'étaient plus vraiment VIP à cette époque.
- En 1619 il assassine sa première femme. Ca, ce n'est pas super sympa mais comme sa femme était toujours protestante, on lui pardonne son geste.
- Dans les années qui suivent, il dilapide la dot de sa seconde épouse. On s'en tape, il fait ce qu'il veut du pognon de sa femme, tout de même !
- Pour se refaire, lui qui a le sens du business d'un dirigeant de Lehman brothers décide de faire des affaires avec les Anglais...
 
Ah, pas bon, ça de pactiser avec l'ennemi héréditaire. On ne sait pas trop ce qu'il fait mais dans le doute, on le met en prison à Niort avec sa famille, ça ne mange pas de pain. Enfin, si eux, ils ne vont plus manger que ça, du pain.
 
Bref, c'est donc là que Françoise voit le jour et passe les premiers mois de sa vie, avant de suivre son père libéré mais banni qui ira trouver refuge en Martinique.
Mais ne croyez pas que c'est un séjour paradisiaque ! Loin de là ! A l'époque, la Martinique, ce n'est pas des journées entières sur une plage de sable blanc à siroter du punch coco avant d'aller danser le zouk-love dans une boite branchée et faire mûrir sa banane plantain en la frottant sur le bas-ventre accueillant d'une autochtone béotienne.
 
HN_Martinique.jpg
Une photo juste pour colorer l'article !
 
 
La Martinique, c'était alors une île française perdue dans un océan atlantique encore peu connu, c'est une terre encore vierge recouverte à 90% de forêts et de jungle. Et c'est surtout le repaire de tribus indiennes et de boucaniers qui font régner le vice et l'anarchie. C'est donc en fait sur l'îlot de Marie-Galante que toute la famille d'Aubigné va vivre, le père en étant officieusement le gouverneur. Oui, gouverneur d'une île ou il vit seul avec sa famille ! La classe ! Ou pas. Et par conséquent, ils vivront pendant des années dans la misère, Françoise étant contrainte de quotidiennement nettoyer, balayer, astiquer, que ça soit toujours pimpant.
 
Son père rentrera en France pour essayer d'y faire reconnaitre son titre de gouverneur et de le monnayer et y décèdera, sa mère mourra dans la misère peu après, en procès pour ne pas pouvoir s'acquitter des dettes de son mari (oui, celui-là même qui avait dilapidé sa dot auparavant...).
 
Finalement, à nouveau en France et seulement aidé par une vieille tante hugnenote notoire, Françoise est mise de force au couvent des Ursulines afin de se convertir au catholisme. Jusque là, la vie n'est pas rose pour notre Cosette créole...
 
Mais c'est finalement dans ce couvent qu'elle fera la connaissance du chevalier de Méré... Oui, c'est étrange mais à cette époque, les jeunes gens de bonne famille allaient à la pêche aux moules dans les couvents. En tout cas, ce jeune homme se prend d'affection pour cette petite qu'il appellera "la jeune indienne", la sortira un peu au bowling, au ciné, dans des rave-party, etc... Et finalement, à 16 ans révolus, Françoise d'Aubigné épousera non pas le preu chevalier mais un écrivain enn vogue l'époque, paul Scarron, de 35 ans son aîné mais également protégé de la gouvernante de la Reine-Mère de l'époque, Anne d'Autriche.
 
Un peu carriériste, la greluche, non ?
 
Quoi qu'il en soit, Françoise sera très à l'aise dans son nouveau rôle. Il faut savoir qu'elle ne goûte pas spécialement les choses de la bagatelle (ce qui tombe plutôt bien vu que la sève de son mari ne monte plus, même au printemps les soirs de pleine lune) mais qu'elle a beaucoup de conversation... Ah, je vous entends d'ici (vous messieurs), vous dire : "une fille qui cause et qui couche pas, quel intérêt ?" . Mais en la circonstance, cela sera parfait pour son ascension car d'une part elle saura se faire apprécier par sa culture dans les salons mondains qu'elle fréquente désormais assidûement avec son géronte de mari, et d'autres part les femmes qu'elle est amenée à fréquenter ne la prendront pas une arriviste prête à se faire saillir par quelque courtisan entre deux repoudrages de nez.
 
Neuf ans après son mariage, son époux meurt, la laissant riche de connaissances mais sans le sou, une fois de plus. Par bonheur, Anne d'Autriche qui l'avait côtoyée en quelques occasions et appréciée lui accorde une pension mensuelle. oui, c'était cool à l'époque : quand tu étais apprécié des dirigeants, on t'accordait des sous sans rien faire... Ah, attendez, on m'informe dans l'oreillette que ça a encore lieu de nos jours, ça s'appelle selon les cas "paquet fiscal" ou "emploi fictif".
 
Notre Françoise rejoint donc le troupeau des oisifs subventionnés, appelé aussi courtisans, dans ce microcosme appelé la Cour. Et se fait copine avec une certaine Athénaïs de Mortemart, plus connue sous le nom de Madame de Montespan. Elle, c'est la diva de la Cour, la poule de luxe de la basse-cour. Et donc la favorite du roi Louis XIV (pour ceux qui n'avaient pas encore fait le lien). Pourtant le roi était marié mais la reine, Marie-Thérèse d'Auriche, n'était là que pour sceller l'accord de paix entre la France et l'Espagne et par ailleurs étaient particulièrement gourdasse. Tout le contraire du compte de Montespan qui n'appréciait que modérément de voir son épouse astiquer le sceptre du roi avec dévouement. Sa jalousie ne lui réussit guère, sa femme demanda au roi de le faire enfermer en Gascogne afin d'avoir les mains libres. Et les fesses occupées.
 
De cette liaison adultère en Louis XIV et Madame de Montespan naquirent tout de même...7 enfants !
On ne s'ennuie décidément pas à Versailles. Derrière la Galerie des Glaces, l'eskimo frétille.
 
HN_versailles_01.JPG
Belle endroit pour une grosse teuf, non ?
 
Néanmoins, il faut bien en faire quelque chose, de ces mômes. La coutume autrichienne, c'est de les laisser 20 ans en cave, mais le roi et la Montespan ont du coeur. Cette dernière nomme donc son amie Françoise d'Aubigné Gouvernante officielle des bâtards du roi.
 
Voilà, née en prison, partie de rien et du bout du monde, Françoise vit désormais dans le plus proche cercle royal. Quelle ascension sociale !
Va-t-elle continuer ?
 
Et d'ailleurs, qui est donc cette Françoise ?
(alors ça, du teasing sur le 17ème siècle, c'est fort, non ?)
 
  
La suite dans 15 jours...
 
On parlera de l'hygiène au temps de louis XIV.
C'est dire si l'article sera court !
   
Edit : Entre-temps, vous avez peut-être vu comme je suis doué dans la programmation des notes, elles arrivent même en double. Mais la situation est rétablie, au détriment des deux premiers commentaires  :(
    

Commentaires

c'est pas la Berthe au grand pied? (tain la pauvre, elle en avait qu'un de grand pied. Imagine au san marina " bonjour, oui donc voilà je voudrais les escarpins de vair siouplé. - Oui bien-sûr madame, quelle taille? - 36 et 43".

Ecrit par : Mélina | 19.03.2009

Je remets donc mon commentaire :

Tu trouves pas que c'est un peu abrupt comme entrée en matière dès le matin ? Avant même que je prenne mon café ??

Et sinon ouais, carrément, une grosse teuf dans la Galerie des Glaces, la classe !!! Je vais essayer de réserver pour mon anniv.

Pourquoi dans 15 jours la suite ??

Ecrit par : Crevette | 19.03.2009

@Mélina : non, ce n'est pas la Berthe, cette bonne âme qui a offert tant d'escarpins du 36 et du 43 aux unijambistes...

@Crevette : Tu préfères un reportage sur la fabrication des nuggets pour ton petit déj' ?

... Et je dis dans 15 jours, ça me laisse un peu de marge, c'est tout. Et ça permet d'alterner article sérieux (si, si) et notes plus farfelues...

Ecrit par : Nakito | 19.03.2009

euh ben je sais plus ce que je disais mais euh pour tes stats je remet un comm ' :)

Ecrit par : callie | 19.03.2009

Au fait : "des journées entières sur une plage de sable blanc à siroter du punch coco avant d'aller danser le zouk-love dans une boite branchée et faire mûrir sa banane plantain en la frottant sur le bas-ventre accueillant d'une autochtone béotienne" c'est du vécu ou bien ? :D

Ecrit par : Crevette | 20.03.2009

En voilà un texte plein d'espoir et une bien belle photo de cette plage avec, tout en haut du palmier, un superbe oiseau, un paon je crois... As-tu vu "monter ce paon" ?!? (blague bien pourrie)

Ecrit par : Whynot | 20.03.2009

@Crevette : J'avoue, tout n'est pas vrai : je n'aime pas le punch coco.

@Whynot : Bravo ! c'est du vrai jeu de mot pourrie comme je les adore !!!

Ecrit par : Nakito | 20.03.2009

Le "compte" de Montespan ? Tu es un homme vénal, je le savais !!

Françoise d'Aubigné, par un jour de grand froid, alors qu'elle se mirait dans la galarie des glaces, le Roy la troussant par derrière cria "Tenons la bien ! d'où son surnom. Enfin quelque chose comme ça... Enfin je crois....

Ecrit par : Syl | 20.03.2009

@Syl : Félicitations !

Et pour la vénalité, ce doit être mon côté féminin (oh, putain, la faute honteuse, quqand même!)

Ecrit par : Nakito | 23.03.2009

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