23.04.2009

Barbaradine ou barbaracole ?

 

Aujourd'hui, nous allons parler d'un sujet sérieux. D'un sujet grave.

La prostitution.
 
Il y a quelques semaines, le sujet avait été abordé et sauvagement débattu chez  Connasseee, qui semble être une experte en putologie.
 
Attention, la putologie, c'est une science tandis que la pute au logis, c'est un hobbie, un peu comme le macramé.
Ceci dit, si tu étudies trop la putologie, tu finiras aussi avec le mât cramé...
 
HN_macramé.jpg
C'est ça du macramé.
Je commence mon nouveau rôle de bloggeur-modeuse fashion...
 
Par contre, j'avoue avoir un peu hésité suite aux discussions véhémentes au cours desquelles les féministes s'écharpent lorsqu'on aborde le sujet. Je n'ai aucune envie de voir mes lecteurs s'envoyer des noms d'oiseau et se voler dans les plumes pour des histoires de poules de luxe. Alors j'ai décidé d'habilement contourner les écueils du sujet...
 
Nous allons évoquez ici la prostitution masculine.
Le Gigolo, quoi.
 
Présenté comme ci-dessous, le sujet parait illico beaucoup plus consensuel à mon lectorat à talon.
(Non, Nicolas, pas toi)
 
HN_AmericanGigolo.png
Zola aurait dit :
Ce film est Gere-minable.
 
Cependant, étant très loin d'être un spécialiste en la matière, j'ai recherché une sommité dont l'expertise ne pourrait guère être mise en doute. Et j'ai finalement reçu l'aide d'une dame, d'une très grande dame, d'une personne que j'admire au plus haut point (sincèrement) :
 
Barbara 
(la chanteuse, pas la ligne de lingerie)
(Je n'ai rien contre la lingerie, ceci dit)
 
HN_barbara_01.jpg
 
Bon, son vrai nom, sur son avis d'imposition, c'était Monique Serf. C'est vrai que c'est moins glamour.
Elle a hésité à s'appeler Chantelle ou Darjeeling mais finalement, je crois qu'elle a bien choisi.
Et puis dès qu'il pleut sur Brest, on se rapelle Barbara. Donc très souvent....mais je m'égare, là.
 
En tout cas, c'est grâce à elle et à sa chanson Mes Hommes que j'ai pu appréhender le sujet avec tout le sérieux et toute la retenue qu'il mérite :
  
Ils marchent le regard fier,
Mes hommes,
Moi devant, et eux derrière,
Mes hommes
Et si j'allonge le pas,
Ils me suivent pas à pas.
Je ne leur échappe pas,
Mes hommes, mes hommes.
 
C'est par une allégorie de connivence que l'auteur débute le texte. En effet, Barbara était une fan inconditionnelle de Brassens dont elle a repris moult chansons. Donc "Moi devant et eux derrière" fait référence au "petit cheval blanc, tous derrière et lui devant" de Brassens. Oui, la narratrice est le petit cheval blanc, oui, elle est dans la seconde période de sa vie et sa tête se couvre de cheveux blancs. Belle métaphore pour évoquer son âge sans le citer, classique coquetterie féminine.
 
Et à son âge, cette dame a des étalons (oui, toujours le champ lexical équestre) qui la suivent pas à pas ? Pas besoin d'utiliser les mots qui fâchent, les mots qui choquent, les mots qui dérangent la bonne vieille morale judéo-chrétienne mesquine et faux-cul. Ce sont des Escort-boys qu'elle évoque ici.  

Où que je sois, ils sont là,
Mes hommes.
Je n'ai qu'à tendre les bras,
En somme.
Je les regarde venir,
Fière de leur appartenir.
C'est beau de les voir sourire,
Mes hommes.
 
Et manifestement, des escorts-boys, elle en a un paquet. Et toujours présents pour la servir. Ca a du lui couter bonbon pour avoir un contrat d'exclusivité pénienne avec tous ces jeunes et beaux garçons qui renoncent ainsi à la chair tendre et parfumée des jeunes filles en fleur telles des nénuphars (... c'est-à-dire toujours humides).
 
Mais c'est également un beau cri d'espoir, un appel à la tolérance en même temps qu'un acte hautement féministe et symbolique. Depuis que l'homme marche debout et ne traine plus sa femelle par les cheveux (ah bon, ça se fait encore ?) le signe extérieur de richesse pour les puissants était bien évidemment d'avoir un harem, quel que fut le nom qui lui était donné suivants les civilisations. Désormais, une vieille peau, si elle a fait fortune en jouant sur le Nasdaq ou le Cac40, elle peut s'offrir le luxe d'avoir un "harem". Et donc ses concubins, elle les tient par les bourses. Vive l'égalité des sexes !!!

Moi qui suis fille des brumes,
En somme,
De la nuit et de la lune,
Tout comme,
Quand j'arrive, le teint clair,
Moi devant et eux derrière,
Je comprends bien que les gens
S'étonnent, s'étonnent
 
"Pose tes deux pieds, en canard, c'est la chenille qui redémarre ! "
Dans ce couplet, Barbara nous démontre qu'elle a plus de talent que tous les membres de la Bande à Basile réunis. Elle, c'est la fille des brumes, la fille de la fumée, Elle est donc la locomotive et toute la nuit sur son cul ("de la nuit et de la lune") s'arriment en guise de wagonnets ses amants pré-payés, eux derrière et elle devant. Ce sont des nuits entièrent de chenilles processionnaires et lubriques qu'elle fait vivre à ses mâles. 
Notons que c'est bien la bande à Basile qu'elle honore dans ce couplet. Au contraire, si à la place du "teint clair" elle avait dit "le teint sombre", elle se serait alors référée à Saga Africa.

Car, ils viennent de Tunisie,
Mes hommes,
Marseille, Toulon, le Midi,
Mes hommes.
Ils marchent avec insolence,
Un petit rien dans la hanche.
Ça ressemble à une danse,
Mes hommes.
 
C'est vrai qu'au prix que ça lui coute, ses petites fantaisies coïtales à répétition, elle a le droit d'avoir ses préférences, la dame. Alors voilà, ce qu'elle aime, c'est le Méditerrannéen, le Provencal. Le gars petit, brun, qui éructe bruyamment des effluves anisées lorsqu'on a la chance que ça ne sente pas la bouillabaisse de la veille, le gars qui porte un bob "Allez l'OM" et un marcel échancré duquel dépasse une toison d'orang-outang dans laquelle se sont perdues quelques cacahuètes de l'apéritif de la veille. Ou de l'avant-veille. Le gars qui lance la boule de la main droite et se gratte l'autre de la main gauche. The Mec, quoi !!!
 
Bon, voilà, c'est clair, je ne pourrai jamais être escort-boy....

Ils ne m'appellent pas Madame,
Mes hommes
Mais, tendrement, ils me nomment
Patronne.
Ils se soumettent à ma loi.
Je me soumets à leur loi.
Que c'est doux d'obéir
A mes hommes.
 
Attention, la bagatelle n'exclut pas les rapports hierarchiques entre employeur et employés ! On comprend bien qu'à la signature du contrat, l'escort doit se soumettre à la convention collective qui régit sa profession. Il se conforme à ses jours de RTT (Retrait car Trompes Tuméfiées), cotise à la CSG (Coït Sensuel & Galanterie), mais bénéficie d'un PEE  (Penis Enlargement Experiment, le roi du spam).

Ils se sont fait sentinelles,
Mes hommes.
Ils pourraient même être cruels,
Mes hommes.
Ils me veillent, comme moi
Je les veille quelquefois.
Moi pour eux, et eux pour moi,
Mes hommes.
 
L'appétit sexuel de la narratrice n'a pas de limite. Elle veut tous ses hommes en sentinelles, c'est à dire au garde-à-vous (je ne vous fais pas un dessin, c'est un blog mondain, ici). Elle se rêve assaillie de toute part par une horde de soldats, le mousquet chargé, la baïonnette à la main, prêts à en découdre par toutes ses coutures toute la nuit durant. Elle se voit lancinante sur la lance, arc-boutée sur l'arquebuse, fléchie sur la flèche, trombinée sur le tromblon, aller bas sur la hallebarde pour finir à velo sur le javelot.
"Si vis pacem, para bellum", comme disait Obélix.

Quand naissent les premières feuilles
D'automne,
Quand le chagrin se fait lourd,
Mes hommes,
Vont se mettre, sans un mot,
Debout autour du piano
Et me disent tendrement,
Patronne, patronne.
 
Mais la gaudriole ne suffit pas toujours à combler la déprime naissante sous le poids du temps qui passe et s'enfuit sans retenu. Comme ses seins désormais, sans retenu. Elle a beau aligner les biftons et les glisser à profusions dans les strings à paillettes de ses apollons épilés, elle sent bien qu'il existe un décalage entre elle sous le poids des ans et eux sous le poids du gland. Néanmoins, a partir de telles relations peuvent naître des sentiments réels, pas forcement ce qu'on peut appeler de l'amour mais une certaine forme de tendresse entre patron et employés, beaucoup plus en tout cas que ce que l'on peut voir en ce moment chez Heulliez ou Continental...
Pourtant, la métaphore reste grossière : Ils se retrouvent autour du piano... à queue.

C'est fou comme ils sont heureux,
Mes hommes,
Quand le son du piano noir
Résonne.
Ils vont faire leurs bagages
Et on reprend le voyage.
Faut qu'ils voient du paysage,
Mes hommes.
 
Et voilà, d'un coup, on rompt la poésie et on repart dans le cliché ethnique. Ah, le gros son du piano à queue noir qui met Madame en résonnance ovarienne, on comprend vite de quoi il s'agit ! Et je ne dis pas ça parce que je suis blanc et pas gâté par la nature...
 
Mais derrière cette légende urbaine et caleçonesque se cache un triste aveu. Oui, la prostitution, c'est une drogue pour celles qui la consomment. Elles ne se contentent plus de ce qu'elles peuvent trouver autour de chez elles, elles partent rechercher du Panguy-panguy en République Dominicaine, du jouet sexuel à Dakar ou de la poutre à Bamako. Et voilà comment les dérives du tourisme sexuel explosent... Et le problème du tourisme sexuel, c'est que ça fait prendre l'avion et donc ça a un cout énergétique énorme en équivalent-carbone.
 
Oui, le tourisme sexuel, c'est anti-écologique.
Et dans le Grenelle de l'environnement, ils auraient du prévoir de mettre des putes et des gigolos à pas cher en bas de chez nous.

Quand descend la nuit furtive,
Mes hommes.
A pas de loup, ils s'esquivent.
Personne....
 
En fait, la chanson, n'est pas terminée. Il reste encore 6 couplets !
 
Mais d'une part, je crois que j'ai atteint la limite décente du mauvais goût et en rajouter, ça ne serait pas mondain.
 
Et d'autre part, en résumé, ses hommes, quand elle dort, ils vont quand même se taper de la blonde, de la brune, de la rousse, de l'angora, de l'alezan doré, de la charolaise bicolore, le tout dans des orgies bestiales ou des fontaines de sperme et les torrents de sueur mélangée remplacent les pétalent de cerisier blanc qui volent au gré du vent sur les estampes japonaises.
 
Bref, c'est un peu cochon et je ne voudrais pas vous infliger ça. Vous venez ici pour la culture, pas pour la luxure, tout de même.
 
Donc je profite qu'à pas de loup, ils s'esquivent pour moi aussi m'esquiver avec tact.
Et puis j'ai du boulot, j'ai un contrat d'exclusivité à aller signer.
 
 
J'en profite au passage pour souhaiter
un bon anniversaire + 2 jours à Crevette.

Commentaires

Nan Nan Nan je ne suis pas experte en Putologie!
Je suis une Putologue c'est pas pareil :)
Sinon s'appeller Darjeeling c'est un coup à avoir tous les obsédés qui s'arrêtent pour nous mater à chaque fois qu'on nous appelle par notre prénom nan?

Je file il faut que je fasse une propositon au gouvernenement...Grenelle de l'environnement Toussa toussa

Ecrit par : connasseee | 23.04.2009

J'ai pas tout lu !
Pour revenir au départ, la prostitution masculine, comme la féminine d'ailleurs n'est que chosification du corps.
Mais l'est-elle aussi de l'âme ?
De plus en plus de jeunes se livrent à la prostitution pour avoir de l'argent de poche. Ils le font pour de vrai ou en virtuel...
Mais y a t il une telle différence ?

Une mère porteuse, qui vend son corps et son attachement, est elle une prostituée ? Je vous ferais bientôt un beau sujet là dessus (quel suspens).

Ecrit par : Syl | 23.04.2009

Merci !!
(pour l'anniversaire et pour la rigolade, surtout sur "le toursime sexuel, c'est anti-écologique" etc.)

Ecrit par : Crevette | 23.04.2009

@Connasseee : Non, Darjeeling, c'est un coup à se faire inviter pour boire le thé. Tu confonds avec la fille qui s'appelle Orcanta... mais ça, c'est un vrai prénom de call-girl !

@Syl : Et tu es pardonnée...même si à la fin, j'ai parlé de l'écologie en pensant à toi !!!

Par contre, tu relances un débat de fond et je suis bien embêté pour y apporter mon opinion. Comme beaucoup de mecs, je pense...
Selon moi, il y a d'une part la relation à sa fierté, son ego ou je ne sais pas comment appeler ça (c'est ton job, merde !) et aussi la façon dont une personne perçoit l'acte sexuel.
J'arrive à concevoir que quelqu'un pour qui "coucher" soit anodin ait moins de scrupules à le faire pour de l'argent. Donc à le vivre assez bien... (je vais me faire lyncher par les féministes !!!)
Par contre, pour la mère porteuse, encore moins d'opinion. Mec toujours, je ne me suis jamais posé la question.

Ecrit par : Nakito | 23.04.2009

@Crevette : De rien !
Tu remarqueras que je n'assène que des grandes vérités.

Ecrit par : Nakito | 23.04.2009

Nakito : j'avais pas lu le refrain sur l'écologie.
Mais pour le tourisme sexuel y a pas besoin d'aller en avion et surtout d'aller si loin.
Tiens demandons nous quel équivalent carbone produit un clandestin qui tente de voyager dans l'espace du train d'atterrisage d'un avion... (mais bon comme il se crache avant l'arrivée, il est à moitié pardonné).

Je sens que ça va dégénérer.

Ecrit par : Syl | 23.04.2009

@Syl : Le clandestin, il meurt gelé donc pas de production de CO2. au contraire, ça fait comme un glaçon qui tombe de l'avion dans l'océan et luttera ainsi contre le réchauffement des étendues artiques.

Merci M. le clandestin...

(M. hortefeux, si vous lisez ça, c'est un blague : Ne prenez pas ça comme argumentaire électoral, SVP !)

Ecrit par : Nakito | 27.04.2009

Ah mais je m'insurge il ne gèle pas tout de suite. On perd 1 degré environ tous les 100 mètres. S'il part d'un pays où il fait disons 35 degrés, il a le temps d'arriver à 3500 mètres tranquilou, altitude à laquelle les neiges ne fondent plus (bon s'il part de Nuuk, c'est pas gagné ma théorie) !!

Alors sur l'étiquette-énergie on lui met A ou A+ ?

(c'est de l'humour pour ceux qui n'en n'auraient pas)

Ecrit par : Syl | 27.04.2009

J'avoue (non sans que le rouge ne me monte au front) que même avec l'explication de texte (qui est tout de même assez explicite), je ne pige que dalle à ce dont fait allusion Barbarella dans cette chanson...

Ecrit par : Whynot | 28.04.2009

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