01.07.2009

Necro Spirituals

 
Avertissement médical : Le patronyme du P'tit gris de Californie se sera mentionné qu'une seule fois dans cet article. Ce sevrage brutal et intempestif risque d'être médicalement néfaste aux groupies abreuvées d'images depuis 5 jours au détriment de ce qu'il se passe vraiment dans le monde.
 
Donc voilà, Mickael Jackson est mort, jeudi dernier dans la soirée (chez nous).
Voici la dernière photo qui fut prise de son vivant (c'est un scoop, à moi le prix Pulitzer !)
 
Roswell_alien_prop.jpg
On peut s'apercevoir qu'il va être tué par le Colonel Moutarde avec un chandelier dans l'entrée
 
 
Il est décédé juste à temps pour que les journaux français du matin puisse glisser un édito et changer la page de couverture, à temps pour que les tabloïds anglais remplacent la photo de la pin-up à gros mamelons qui danse la tétonique. Mais manifestement, en France, nous ne nous attendions pas à cette extrémité. Pourquoi dis-je ça ? Par rapport au flou entourant un certains nombre de points de sa vie dans les premières éditions du matin. Par exemple le nombre de disques vendus, qui oscillait gaiement entre 600 et 800 millions. Mais dès le lendemain matin, le chiffre de 750 millions est annoncé partout, repris des médias américains. Parce que eux savaient. Parce que eux avait déjà des nécrologies toutes prêtes, même du roi déchu de la pop.
 
La nécrologie. L'indispensable outil du journaliste. Et le fardeau du stagiaire qui s'imaginait déjà grand reporter sur les conflits birman et salvadorien voire envoyé spécial dans les soirée cannoises ou le champagne, le luxe, la coke et les putes coulent à flots ( à 1000€ de l'heure, la pute de luxe coule un peu, tout de même). Oui, le stagiaire et le journaliste débutant, ce sont les premières cibles à qui on destine ce travail obscur de rédiger des nécrologies. Alors oubliés les grands espaces, les gens, la vie, et direction la salle des archives, laquelle se trouve invariablement au 4ème sous-sol, là où le moins bruit suspect te fait penser à Alien ou autres films à monstres gloutons (je ne parle pas de la filmographie de Brigitte Lahaie). D'ailleurs, en parlant d'alien, le stagiaire néo-nécrophile a pour unique collègue une charmante archiviste, de celle qui a vu, presque à regret, son dernier morpion en 1961 (aucun rapport avec la baie des cochons, cependant).
 
Mais qu'est-ce qu'une nécrologie ? C'est tout simplement rédiger à l'avance la biographie d'une personnalité dont on soupçonne qu'elle à une chance de casser sa pipe bientôt. Le bientôt étant parfois tout relatif : par exemple, il est connu que des nécros de Jordi existent. Oui, Jordi, la star en herbe bonsaï qui chantait "dur, dur d'être un bébé". Bon, aujourd'hui, je pense qu'il doit chanter "dur, dur d'être un ado acnéïque qui vient de se fait plaquer par sa copine qui kiffe trop Kevin qui a une mob alors je bois du Malibu pour oublier et fuck la laïfe". Mais des gens pensent qu'il va y rester bientôt.
 
delorian_jordy.jpg
Sa mère aurait mieux fait de le mettre au congélo plutôt que de le faire chanter, non ?
 
 
Plus généralement, les nécrologies existent sur les célébrités en seconde partie de vie, comme les hommes politiques, les chanteurs yé-yés, les grands de ce monde, les miss météo de France-Télévision, etc... Et aussi les personnes qui effectuent des activités à risque comme les navigateurs, les sportifs de l'extrême et les entarteurs de Sarkozy. D'ailleurs, j'ai des amis qui travaillent dans le journalisme d'investigation, il faudra que je leur demande s'ils gèrent des nécros. Oui, je sais je me la pète un peu d'avoir des "relations" mais c'est comme ça, je connais des gens qui travaillent à Vélo-Magazine. Et dans le genre sportifs de l'extrême, les cyclistes sont des champions. Ils ont tout de même une espérance de vie plus proche de la durée de la carrière d'un vainqueur de la Star Ac que de la longévité d'une tortue des Galapagos qui prend de l'Actimel à tous les repas.
 
Attention, la nécrologie, ce n'est pas juste regarder la télé en boucle en essayant de chercher les maux sur les faciès des gens à l'écran, de voir si Delarue n'aurait pris du rab de poudre de Perlimpimpin, si Casimir n'aurait pas un peu grossi, si l'homme qui tombe à pic ne va pas finir par retomber à côté ou si Tabatha Cash ne risque pas l'overdose avec toutes les boissons proteïnées qu'elle avale.
Non, la nécrologie est un art qui existe depuis l'antiquité, ce n'est pas juste une façon qu'ont les médias de remplir des colonnes à pas cher en s'enrichissant sur la mort des autres. A l'époque romaine, certains "conteurs" rédigeaient à l'avance des odes à la gloire d'un soldat, d'un marin, d'un patriarche. Seulement ils laissaient le nom en blanc et allaient ensuite le vendre à différentes familles en plein deuil. Il suffisait de rajouter le nom et l'année. "Ils sont forts, ces romains"... Surtout qu'à l'époque, il n'y avait pas CNN international pour vérifier les sources alors on se contentait d'un texte bateau : "Il était jeune, il était beau, il sentait bon le Wisigoth", ou alors "Quand son corps sur le corps, fourbe d'une esclave maure, ne sait plus ne sait pas, s'il gigote encore"...  
 
Beaucoup plus récemment, c'est le grand journal américain The Times qui a fait une belle gaffe en mettant en ligne la note nécrologique de Steve Job, big Boss chez les Pommiers. Il fallut plus de 2 heures et une chute en bourse des actions Apple de 8% pour que quelqu'un réagisse et présente ses excuses en arguant la faute manip' d'un stagiaire. Oui, quand il y a une connerie c'est toujours le satgiaire. Ou a la rigueur la secrétaire, surtout quand elle refuse ouvertement de turluter son boss. Oui, c'est comme ça, la vie est injuste, les forts marchent sur les faibles. Ou les enfilent. Et c'est donc un stagiaire qui fut accusé d'avoir cliqué sur "mettre en ligne" au lieu de "sauver", je jour ou il avait mis à jour la nécrologie avec les dernières news du moment.
 
Il y a un peu plus d'un siècle, la même erreur fut commise avec une plus noble conséquence :

Alfred B. Nobel (1833-1896), était un homme qui devait sa fortune à la production d'explosifs et qui fut, entre autres, l'inventeur de la dynamite.

 

dynamite-sam.jpg

Existe aussi en version Braille pour ceux qui n'arrivent vraiment pas à lire l'heure... 

 

 

On peut se demander ce qui motiva ce suédois manufacturier en munitions à honorer et récompenser les bienfaiteurs de l'humanité via les prix qui portent son nom ?

Surtout que la dynamite, je n'en ai jamais utilisé mais d'après tous les reportages vu sur les chaines spécialisées, ça n'a pas l'air bien dangereux. Tom, Gros Minet et le Coyote s'en prennent plein la gueule à longueur de temps et ça ne les traumatise pas plus que ça...

 

En fait, la création des prix Nobel a découlé d’un évènement inattendu. Lorsque le frère d’Alfred Nobel mourut, un journal publia par erreur dans la rubrique nécrologique une longue biographie d’Alfred. Ceci lui procura une chance bien rare : lire sa propre notice nécrologique. Et ce qu’il lut dans ce journal l’épouvanta : il y était décrit comme l’homme qui, plus que quiconque, avait inventé le moyen de tuer un grand nombre de gens de façon instantanée.

A ce moment, Alfred Nobel prit conscience de deux choses : il sut que ce serait le souvenir qu’il laisserait derrière lui et qu’il ne voulait surtout pas laisser un tel souvenir derrière lui. Peu après, il créa les prix Nobel.

 

Et vous, si vous deviez quitter le monde demain, que dirait votre nécrologie ? Serait-elle telle que vous la souhaitez ?

  

  

Et au passage, bon été à tous et

bonne vacances aux juilletistes.